Le sport comme levier d'insertion, portrait des jeunes concernés et ce qu'ils disent eux-mêmes - les fondations du projet STEP.
Le sport n'est pas une activité de loisir annexe. C'est un espace d'apprentissage complet : on y développe la discipline, la gestion de l'échec, l'esprit d'équipe, la capacité à se fixer des objectifs et à les tenir. Autant de compétences directement transférables à l'entrepreneuriat.
Dans les quartiers prioritaires, le sport est souvent l'un des rares espaces où un jeune peut vivre une expérience de réussite, être reconnu, progresser, diriger. Il crée des dynamiques de groupe, des liens de confiance, et une posture active face à la vie.
Ce n'est pas un hasard si beaucoup d'entrepreneurs du secteur du bien-être et du coaching sont issus de territoires difficiles. Ils ont appris sur un terrain de foot, dans une salle de boxe, sur un plateau de parkour - et ils ont transposé ces apprentissages à leur activité professionnelle.
Le coach sportif est souvent le premier modèle entrepreneurial qu'un jeune de quartier voit de près. C'est quelqu'un qui travaille pour lui-même, gère ses clients, fixe ses tarifs, construit sa réputation. Un modèle concret, accessible, visible.
En France, on parle de plus en plus du coach socio-sportif - un nouveau métier qui hybride accompagnement social, pratique sportive et développement de compétences de vie. C'est précisément ce croisement que le projet STEP veut capitaliser.
« L'activité physique développe un certain équilibre mental - on peut dire un mindset. Et ce mindset, c'est aussi la vie de tous les jours. Pas besoin d'être entrepreneur pour le développer. L'action développe la motivation, et pas l'inverse. »
Les jeunes que vise le projet STEP ne sont pas définis par leur échec. Ils sont définis par un contexte qui a multiplié les obstacles sur leur route - et par une résilience souvent sous-estimée par les institutions.
En France comme à Chypre, le profil est similaire : jeunes adultes de 18 à 30 ans, souvent issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville, avec un rapport complexe à l'institution scolaire, une expérience forte de l'informel (organisation d'événements, coaching sauvage, petit commerce), et une créativité non reconnue.
La notion de NEET (Not in Education, Employment or Training) est utile comme outil statistique - mais elle ne capture pas la complexité des parcours. Beaucoup de ces jeunes apprennent, créent et entreprennent hors des radars institutionnels.
En France, Ginkgo Sport intervient principalement dans les quartiers prioritaires de Tourcoing (Hauts-de-France), un territoire marqué par un taux de chômage des jeunes structurellement élevé et une concentration de populations issues de l'immigration.
À Chypre, ARISTA DEKA accompagne des jeunes dans un contexte économique post-crise, avec des enjeux d'insertion spécifiques aux petites économies insulaires. Les deux contextes partagent le même paradoxe : des jeunes avec du potentiel, peu de structures pour le capter, et le sport comme terrain commun.
Le constat se vérifie aussi côté chypriote : Chypre a mis en place un programme national de subvention dédié aux jeunes et aux femmes entrepreneurs, preuve que les deux pays partenaires identifient les mêmes publics prioritaires. Le détail des dispositifs comparés est développé en Partie 3.
Avant de proposer des outils, le projet STEP a voulu écouter. Ces verbatims, recueillis lors de sessions terrain en France et à Chypre, dessinent le portrait d'une génération qui ne manque pas d'envie - mais qui manque de portes d'entrée.
Je sais que je suis capable. Je vois des gens autour de moi qui réussissent dans le sport. Mais je ne sais pas par où commencer vraiment. Personne ne m'a expliqué les étapes.
Le sport m'a tout appris. La rigueur, le collectif, comment gérer un groupe. Mais dans ma tête c'était pas un vrai travail. Ça a mis du temps avant que je me dise que je pouvais en vivre.
J'ai essayé de créer mon activité mais je me suis perdu avec les papiers. Il fallait que quelqu'un me montre. Pas que ça me dise "vas voir sur internet". Que quelqu'un soit là.
« Il y a encore de la place pour les petits. Plus de 50% des business physiques ferment dans les 3 ans. Ceux qui tiennent, c'est ceux qui comprennent que le service et la proximité, c'est leur vraie valeur ajoutée. »
Trois enseignements clés structurent les parties suivantes du guide :
1. Le besoin de modèles concrets et proches. Les ressources génériques ne suffisent pas. Ces jeunes ont besoin de voir des gens qui leur ressemblent réussir - et de comprendre comment ils l'ont fait.
2. L'accompagnement humain avant l'outil numérique. L'accès à l'information n'est pas le problème. La mise en relation, la présence, le suivi dans la durée - voilà ce qui fait la différence.
3. La légitimation des compétences informelles. Ce que ces jeunes ont acquis dans le sport, dans leur quartier, dans leur vie - c'est déjà du capital. Il faut les aider à le nommer, le formaliser, le valoriser.